Filtre Berkey : non mais à l’Eau, quoi !

 

Retour d’expérience sur le filtre à eau à gravité Berkey.

La réputation des filtres Berkey n’est plus à faire : ils sont utilisés par beaucoup, que ce soit en appoint du réseau d’eau potable, ou à titre principal, parce que l’eau consommée provient d’un puits ou de la récupération d’eau de pluie.

Pour ma part,  j’utilise un Big Berkey au quotidien avec l’eau du réseau.

Quel intérêt d’avoir un filtre sur l’eau du réseau ? où je vis, il s’agit d’eau de captage en zone ultra-rurale et il n’est pas rare que des pollutions soient découvertes (fuites de lisier, d’hydrocarbures, épandages de nitrates…), mais forcément on le sait après coup. Et après coup, c’est trop tard.

Plutôt que de tenir de longs discours sur les avantages du Berkey (il y a déjà des centaines de pages en ligne sur le sujet), je vais laisser la parole à Stéphane, de la Clé des Champs, qui fait un très bon retour d’expérience sur le filtre, qu’il utilise, lui aussi au quotidien, mais avec de l’eau de pluie.

À ce qui est dit dans cette vidéo, j’ajouterai quelques commentaires :

  • au niveau du robinet, j’ai opté pour la version avec niveau, histoire de savoir où on en est sans avoir à regarder dans la cuve… dommage que cette version du robinet soit en plastique et qu’il n’existe pas l’option « robinet inox à niveau » ;
  • au niveau des coûts, on peut les abaisser un peu (voire beaucoup) en achetant cuve et accessoires chez la concurrence (Berkefield par ex, ou d’autres, voire en DIY avec des faitouts ou couscoussières) et en n’achetant que les filtres chez Berkey ;
  • si on ne boit que de l’eau de pluie filtrée, il faut rééquilibrer l’apport en minéraux par la nourriture (même problème qu’avec les filtres à osmose ou l’eau distillée) ;
  • et enfin, au niveau des filtres, il faut prévoir d’effectuer un test à chaque changement, pour vérifier que les filtres n’ont pas de défaut et qu’ils ont été installés convenablement

Car ce n’est pas parce qu’une société a bonne presse qu’il faut obligatoirement lui faire confiance, ou qu’elle est à l’épreuve des erreurs.

Aussi ai-je sacrifié quelques euros pour faire un test des filtres en question.

Notons que je possède des filtres Berkey noirs (Black Berkey). Les filtres complémentaires blancs ne me sont a priori d’aucune utilité, puisqu’ils filtrent spécifiquement le fluor et l’arsenic : certains pays ajoutent en effet du fluor au réseau d’eau potable (surtout aux USA, mais ça concerne aussi certains pays européens, comme l’Espagne, il me semble). Quant à l’arsenic, le risque de pollution de l’eau de réseau  par ce métalloïde est tout de même très très faible.

TEST n° 1 du système de filtration d’eau Berkey

Il s’agit de vérifier que les filtres charbon sont installés correctement et sont fonctionnels.

Pour ce faire, j’ai rempli la cuve supérieure de mon Big Berkey d’un mélange de 8 litres d’eau (du robinet) et de 20 cl de sirop de menthe sans sucre (composition : eau, polydextrose, arômes naturels de menthe, gomme xanthane, caramel de sulfite caustique, triarylméthane, sucralose, aspartame, acésulfame-K, acide citrique, sorbate de potassium). L’eau versée dans le réservoir supérieur est d’un bleu pâle bien marqué. À l’odeur, on distingue très nettement l’arôme de menthe. Au goût, c’est à la fois nettement mentholé et sucré.

L’eau récupérée dans le réservoir du bas, filtrée donc, est incolore et inodore. Par contre, il subsiste un très très léger petit goût de menthe, à peine perceptible, non sucré.

Concernant ce vague goût résiduel, il faudrait savoir quel est le type d’arôme exact utilisé dans le sirop (menthol ?) et la taille de la molécule.

Toutefois, étant donné le résultat observable à la vue, l’odeur et au goût, on peut considérer que les filtres charbon sont bien installés et fonctionnels.

Ceci étant, les filtres ont ensuite été en partie bouchés par les résidus de sirop (plusieurs heures étaient nécessaires pour passer seulement quelques litres) et il a fallu plusieurs nettoyages avant qu’ils retrouvent leur capacité de filtration.

TEST N° 2 : test complet sur une eau sale.

Nous avons trois qualités d’eau différentes :

Ici, il s’agit de l’eau de pluie récupérée, que je qualifierai de sale : elle a ruisselé sur le toit d’un hangar en tôle et est stockée durant plusieurs semaines dans un bidon en plastique alimentaire ouvert.
Même si elle a sans doute décanté, étant donné la situation (ferme isolée en campagne bretonne profonde), on doit certainement y trouver : – des métaux (tôles galvanisées anciennes et plus ou moins oxydées)
– des pathogènes divers, variés et touffus (issus des fientes d’oiseaux)
– des pesticides, fongicides et herbicides (champs traités aux alentours)
– des poussières et débris variés (minéraux, animaux et végétaux)
– des micro-organismes (larves d’insectes, protozoaires, algues)
– des traces d’hydrocarbures (machines agricoles)
Huit litres de cette eau ont été récupérés à l’aide d’un seau en plastique non alimentaire qui traîne dehors à l’année.
Malgré cette description peu ragoûtante, on s’aperçoit que cette eau est claire et que rien ne la différencie en apparence d’une eau potable comme l’eau du robinet. Elle ne sent rien de particulier non plus. Preuve que les apparences sont souvent trompeuses.
Ici, il s’agit de la même eau que précédemment, mais grossièrement filtrée au travers d’un linge et d’un chinois, pour en ôter les plus grosses particules, afin de ne pas saturer les filtres. C’est cette eau qui va passer dans le Berkey. De nouveau, en apparence (vue, odorat), rien ne la différencie d’une eau potable.
Enfin, il s’agit de la même eau que précédemment, mais cette fois-ci filtrée par le Berkey. C’est cette eau qui va être analysée lors du test final.

Il n’y a que deux méthodes pour déterminer si une eau est potable ou non :

  • soit on fait analyser l’eau par un laboratoire spécialisé : c’est assez onéreux (compter une centaine d’euros par analyse) et il faut prélever soi-même un échantillon de l’eau à analyser (risque de corruption de l’échantillon par une mauvaise manipulation) et l’expédier par la Poste, avec tous les risques que cela comporte en termes de délais…
  • soit on utilise un kit de test à réaliser soi-même (on en trouve autour de 30 à 40 €, sur Amazon ou autre), avec toute la rigueur qui s’impose : il s’agit tout de même de savoir si l’eau que vous allez boire au quotidien est potable ou non !

C’est cette seconde option que j’ai choisie.

Attention : ces tests sont américains et sont soumis aux normes de potabilité des USA. Ces normes  sont très certainement différentes des normes européennes, mais je ne saurai dire en quoi. Ceci étant, je me base sur le postulat que les normes des USA n’autorisent pas l’empoisonnement systématique des habitants. J’espère ne pas me tromper 🙄

Le test final est composé de 11 analyses différentes :
• présence de plomb
• présence de pesticides
• présence de fer
• présence de cuivre
• présence de chlore
• présence de nitrates
• présence de nitrites
• présence de bactéries
• alcalinité
• pH
• dureté

Faute de moyens, il ne portera que sur l’eau filtrée par le Berkey (verre C), mais il aurait été intéressant d’avoir les résultats pour les verres A et B (surtout A).

Premiers résultats des analyses : pH, alcalinité et dureté

Le pH, c’est l’acidité de l’eau, 7 étant le point neutre (ni acide ni basique). Au-dessous de 7, l’eau est acide, au-dessus, l’eau est basique.
Ici, nous avons une eau à peu près neutre, située entre 6,5 et 7 (par comparaison, entre le lait et l’eau pure).

L’alcalinité est une mesure de la capacité de l’eau à résister à des changements du pH, qui tendrait à rendre l’eau plus acide et donc à corroder appareils et canalisations.
Cela ne nous concerne pas vraiment en l’occurrence, puisqu’on passe par un Berkey.
Toutefois, l’eau est très peu alcaline.

La dureté, c’est la proportion de calcium et de magnésium dans l’eau. Puisqu’il s’agit d’eau de pluie, il est normal de ne quasiment pas en trouver. Nous avons donc de l’eau très douce.

Suite des résultats des analyses : présence de fer

désolé pour cadrage 😕

Les recommandations fédérales américaines sont que la limite maximale de présence de fer doit être de 0,3 ppm. En France, c’est de 200 µg/l.
Toutefois, il n’y a pas vraiment d’impact sur la santé (par exemple, au Canada, il n’y a pas de limite maximale), aucune toxicité liée à l’eau potable n’ayant été observée chez l’homme, même à des doses élevées (5 mg/l). Par contre, la présence de fer dans l’eau à des concentrations supérieures à 0,3 mg/l, peut avoir des effets néfastes :
• neutralisation des désinfectants et donc prolifération des microorganismes
• eau de couleur rouille (taches sur le linge, par ex)
• goût métallique de l’eau, turbidité, coloration rouge

Ici, nous sommes entre 0 et 0,3 ppm, donc quasiment pas de présence de fer.

Suite des résultats des analyses : présence de chlore, de cuivre, de nitrates et de nitrites

Le chlore est utilisé comme désinfectant pour éliminer les germes dans l’eau potable de distribution.
Le chlore en lui-même ne pose pas de problème de santé, mais les dérivés chlorés issus du contact entre chlore et matières organiques sont potentiellement cancérigènes.
Notons que le chlore s’évapore à l’air libre.

Le cuivre est présent dans les canalisations. S’il est nécessaire à l’organisme, une surexposition au cuivre peut créer une intoxication. Par ailleurs, certaines personnes sont intolérantes au cuivre.

Les nitrates et nitrites en surdosage peuvent être particulièrement toxiques pour les personnes fragiles, tout particulièrement les nouveaux-nés : les nitrates sont transformés en nitrites par la digestion et oxydent le fer ferreux (Fe2+) de l’hémoglobine des globules rouges en fer ferrique (Fe3+). La méthémoglobine qui en résulte est incapable de fixer l’oxygène et le nourrisson peut mourir asphyxié.
Les femmes enceintes ne doivent pas être exposées aux nitrates pour les mêmes raisons.
Il y a aussi de fortes présomptions pour que les nitrosamines fabriquées par l’organisme suite à l’ingestion de nitrates soient associées à l’apparition de de cancers de l’œsophage et de l’estomac.

Les recommandations fédérales américaines sont les suivantes :
• Chlore : 4 ppm max
• Cuivre : 1,3 ppm max
• Nitrates : 10 ppm max
• Nitrites : 1 ppm max

Ici, nous avons les niveaux suivants :
Chlore : 0 (ce qui est normal puisque l’eau n’a pas été traitée chimiquement)
Cuivre : 0 (ce qui est normal puisque l’eau n’a pas transité dans des canalisations)
Nitrates : entre 0 et 5 ppm (ce qui est très acceptable)
Nitrites : entre 0 et 0,5 ppm (ce qui est très acceptable)

Suite des résultats des analyses : présence de plomb et de pesticides

décidément, ça ne s’arrange pas, le cadrage !!!

Les recommandations fédérales américaines sont les suivantes :
• plomb : 15 ppb max
• pesticides : pas d’indication

Inutiles de mentionner la toxicité du plomb ou des pesticides pour l’organisme humain (ou des animaux, d’ailleurs).

Ici, les bandelettes montrent que l’eau ne contient pas (ou très très peu, sous les seuils) de plomb ou de pesticides.

Suite et fin des résultats des analyses :  le test bactérien

« Le test bactérien détecte les bactéries coliformes. Les bactéries coliformes sont une « bactérie indicatrice » commune de la contamination bactérienne. Les services d’eau utilisent le même type d’essais pour vérifier l’eau potable.
Certains exemples de bactéries coliformes incluent E. coli, serratia, enterobacter, ctirobacter, hafnia, klebsiella et yersinia. »

Pour être efficace, le test nécessite de conserver l’échantillon d’eau auquel on a mélangé la poudre fournie durant 48 heures à environ 25° C.

même le thermomètre est « american » ! 😋

Voilà : 48 heures ont passé depuis la mise en culture, le flacon étant resté constamment à une température d’environ 25° (la notice du test indique que la température doit être comprise entre 70 et 90° F, soit entre 21 et 32° C).

La couleur du liquide est nettement violette, ce qui prouve l’absence de bactéries coliformes ; s’il y en avait eues, le liquide serait jaune.

CONCLUSION

Dès lors, peut-on affirmer que le système de filtration Berkey est efficace ?
Du point de vue de la rigueur scientifique : non.

En effet, n’ayant pas pu tester l’eau non filtrée, on ne peut mettre en évidence l’action du filtre. Si ça se trouve, l’eau était parfaitement potable dès le départ (même si c’est fort peu probable).

De plus, si l’on doute du filtre, pourquoi ne pas douter aussi de la qualité du test, tant dans sa conception que dans ma mise en œuvre ?

Toutefois, au vu des conditions d’hygiène de l’eau de départ et des résultats du test, on peut RAISONNABLEMENT penser que le filtre Berkey est bien efficace.

Il reste malgré tout un ultime test à faire : consommer l’eau ainsi filtrée.
Alors, à la bonne vôtre !

Et si vous n’avez plus de mes nouvelles, ayez une pensée émue pour le repos de mes ossements ☠

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