Salut BOB !

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Jeudi 26 septembre 2019, peu avant 5 heures du matin, les Rouennais sont tirés de leur sommeil par de violentes explosions. À 5 h 45, le premier communiqué de la préfecture de Seine-Maritime tombe, indiquant qu’un incendie frappe l’usine Lubrizol, classée Seveso à haut risque.

photo : Jean-Jacques GANON / AFP

5 000 tonnes de produits chimiques toxiques partent en fumée. On apprendra par la suite qu’un entrepot de la société voisine, Normandie Logistique, a également brûlé. Il contenait, lui aussi, 9 000 tonnes de produits chimiques.
Alors que les colonnes de fumée noire et toxique s’élèvent, alors que les suies retombent jusqu’à des centaines de kilomètres plus loin, polluant les sols et les cours d’eau, la communication officielle tente de rassurer la population en martelant que tout va bien et qu’il n’y a aucun danger pour la santé.

Mardi 8 octobre 2019 : un impressionnant incendie se déclare vers 7 h du matin, sur une friche industrielle reconvertie en incubateur de startups, à Villeurbanne, en banlieue de Lyon.

Le feu ravage une grande partie du bâtiment du « Bel Air Camp », où est basée une cinquantaine de petites entreprises qui se consacrent aux industries de demain. Parmi elles, une usine de batteries au lithium. Là encore, des panaches de fumée noire s’élèvent au-dessus de la ville. Là encore, la communication officielle déclare qu’il n’y a aucun élément nocif pour la santé dans l’air.

À titre personnel, je ne connais aucune fumée issue de combustion qui soit sans danger pour la santé, a fortiori dans ces proportions.
D’ailleurs, concernant Rouen, 13 jours après l’accident, on relève des taux de dioxines dans l’air quatre fois supérieurs à la normale !

Si j’avais résidé sur place, mon premier réflexe aurait été de partir, vite, loin, dans la direction opposée au sens du vent. Tout le monde, Monsieur, Madame, le gosse, le chien, le chat, chacun avec son BOB, dans le monospace et en voiture Simone !

Et là, c’est le drame !
Bob ? c’est qui, celui-là ? un Américain ?
Non, pas Bob. BOB !

Salut !

BOB est l’acronyme de Bug-Out Bag. Sac d’évacuation, en bon français.

Quand on parle de choses comme d’un sac d’évacuation, en général les gens vous regardent de travers, vous estampillent paranoïaque, voire maboule et passent leur chemin.
C’est pourtant une recommandation du gouvernement, celui-là même qui laisse les gens respirer n’importe quelle fumée toxique sans s’émouvoir.

Reprenons les bases.

Chacun, vous, moi, belle-maman, le prof d’Histoire du petit dernier, la voisine du 4e, tout le monde, est amené à faire face, quotidiennement, à des soucis plus ou moins importants qui nécessitent d’être pris en charge rapidement à l’aide d’un minimum de matériel.
Pour les résoudre, soit on s’en remet à autrui (l’État, les entreprises commerciales, une âme charitable qui passe par là…), soit on essaie de s’en sortir tout seul, parce qu’on est adulte et autonome.
Et dans ce dernier cas, l’expérience de la vie nous incite assez rapidement à être prévoyant.

En pratique, cette démarche de prévoyance vis-à-vis des impondérables se matérialise sur 3 niveaux :

  • l’EDC (Every Day Carry, ce que vous portez au quotidien sur vous)
  • le BOB
  • l’INCH (I’ll never Come Home, un sac d’évacuation définitive, que nous ne traiterons pas dans cet article)

Le contenu de ces sacs est personnel : il dépend de qui vous êtes et où vous êtes. Une femme cadre travaillant à la Défense à Paris n’aura certainement pas besoin des mêmes outils qu’un éleveur de canards dans une ferme isolée du Lot, ou qu’un jeune vivant en HLM dans une cité à Marseille.

Par exemple, mon EDC, que j’ai donc en permanence avec moi, se compose des choses suivantes :

  • une montre étanche
  • de l’argent liquide (entre 50 et 100 €)
  • un téléphone portable (étanche aussi)
  • une clé USB chiffrée avec tous mes documents importants
  • un couteau pliant solide et coupant
  • un sifflet à roulette
  • un marqueur
  • une lampe torche
  • un briquet
  • une paire de gants en nitrile
  • un grand mouchoir en tissu propre
  • des mouchoirs en papier
  • un petit carnet et un stylo
  • mon portefeuille avec papiers d’identité et moyens de paiement
  • une pince multitool genre Leatherman
  • un Resqme
  • et encore deux ou trois petites choses personnelles que je ne détaillerai pas

Bien sûr, il y a aussi tout un tas d’éléments interstitiels à ces 3 niveaux EDC / BOB / INCH : vous aurez une caisse de matériel dans votre véhicule, par exemple.
Pour ma part, dans la voiture, j’ai des cartes papier de la région et de France, un extincteur, un gros kit bobologie avec tout ce qu’il faut pour nettoyer une plaie, la désinfecter et la bander, encore des lampes, encore de quoi faire du feu, des coupe-vent imperméables, des couteaux, quelques outils, des couvertures, un chargeur pour le portable, etc.

C’est vrai, la plupart du temps, tout ceci ne me sert À RIEN. Et c’est tant mieux ! Car si ça doit servir, c’est qu’il est arrivé quelque chose. Pas forcément quelque chose de grave, peut-être même quelque chose d’insignifiant, mais quelque chose.

Qui ne s’est pas déjà retrouvé la nuit dans un parking ou dans une rue sans aucune lumière ? Dans l’absolu, c’est le niveau 0,1 des ennuis, on est d’accord. Mais si vous avez une lampe sur vous, ce petit désagrément disparaît immédiatement.

Dans le même ordre d’idée, votre voiture tombe en panne en rase campagne. Vous n’avez pas de réseau pour appeler un dépanneur. Vous voyez une maison en contrebas de la route, à une centaine de mètres… vous vous engagez pour descendre le talus, glissez et vous faites une entorse à la cheville. Vous vous retrouvez donc comme une andouille hors de vue de la route, sans pouvoir bouger, sans pouvoir appeler par téléphone. C’est là par exemple que le sifflet pourra vous être utile en signalant votre présence aux habitants de la maison, ou aux cyclistes sur la route, ou aux randonneurs ou chasseurs qui passeraient par là…
Etc. Voilà pour les tracas du quotidien.

À quoi sert un sac d’évacuation ?
Il y a les petits tracas. Et puis parfois, ça fait BOUM, comme à Rouen ou à Villeurbanne. Ou GLOU en cas d’inondation, comme dans l’Aude en 2018. Ou FROUFF en cas d’incendie dans votre habitation. Et il faut évacuer.
Dans l’imaginaire collectif, on envisage l’évacuation comme dans un film hollywoodien : c’est l’Apocalypse, l’Humanité subit une attaque de zombies volants extraterrestres qui entraîne des éruptions volcaniques, des chutes d’astéroïdes et des explosions nucléaires.
Pourtant, chaque année, en France, il y a plus de 76 000 incendies domestiques, soit un toutes les 7 minutes, qui tuent plus de 800 personnes et en blessent près de 10 000.

photo France 3 Grand-Est

La probabilité que votre maison brûle est donc beaucoup plus importante que celle d’une rencontre avec un zombie volant extraterrestre.
En cas d’incendie ou de n’importe quelle urgence, vous attrapez votre sac et vous pouvez partir et vous mettre à l’abri sans tergiverser.

Bien sûr, vous pouvez aussi imaginer que l’État va venir vous sauver, ce qu’il fait d’ailleurs la plupart du temps. Pas toujours. Parlez-en aux Rouennais. Mais quand bien même : le temps et l’énergie que les secours vont déployer pour sauver votre peau, c’est autant de temps et d’énergie qui auraient été mieux employés à sauver des personnes fragiles ou réellement en situation gravissime. Plus les citoyens sont en capacité de s’occuper d’eux-mêmes, plus les secours sont en mesure de se focaliser sur les véritables urgences.
Vous le voyez, ça n’est pas parce que vous avez un sac d’évacuation que vous êtes un tordu qui se prépare à l’Apocalypse ; c’est juste un truc de personnes prévoyantes et responsables qui savent que la vie n’est pas faite que de bonnes surprises.

patch créé par Vol West

Qu’est-ce qu’un sac d’évacuation ?
C’est un sac qu’on remplit de diverses choses et qu’on garde à un endroit accessible. S’il arrive quoi que ce soit qui vous oblige à quitter votre domicile en urgence, le contenu doit pouvoir vous permettre de (sur)vivre trois jours.
Le BOB vient en complément de l’EDC.
Idéalement, prévoyez un BOB par personne (2 BOBs pour un couple, 3 dont 1 petit pour un couple avec un enfant, etc.). Vous pourriez être amenés à vous séparer : ne confiez JAMAIS votre BOB à qui que ce soit ! ce n’est pas une question de confiance (encore que), mais si vous êtes séparés pour une raison ou une autre, ça serait ballot de vous retrouver sans rien.
Faites VOUS-MÊME votre BOB : organisez-le comme VOUS le sentez, c’est le VÔTRE, vous devez pouvoir y trouver ce que vous cherchez rapidement sans avoir à tout sortir.

Que met-on dans un sac d’évacuation ?
Comme pour l’EDC, ça dépend de qui vous êtes et où vous êtes.
Êtes-vous seul, à plusieurs, avec ou sans enfant, à la campagne ou en ville, en plaine ou en montagne ? C’est à vous d’adapter le contenu du sac.
Mais il y a tout de même des constantes :

  • de l’argent liquide, une centaine d’euros au minimum. Ça peut vous aider à vous déplacer ou à dormir à l’hôtel, voire chez l’habitant par exemple. Répartissez les billets un peu partout sur vous et dans vos sacs : si vous perdez votre sac, vous conservez ce que vous avez sur vous / si on vous braque, vous donnez ce que vous avez dans vos poches et votre sac, mais conservez ce que vous avez dans votre ceinture ou vos chaussettes, etc.
  • de l’eau et/ou un système de purification de l’eau (la lifestraw, par exemple, coûte une vingtaine d’euros et permet de boire de l’eau croupie sans risque).
  • de la nourriture la plus énergétique possible, qui se consomme sans préparation et qui se conserve longtemps (vous n’allez pas refaire votre sac tous les deux jours parce que vos tranches de jambon sont périmées). Les barres de céréales sont idéales. Une boîte de corned-beef ou de pâté peut venir en plus. L’idée n’est pas de partir en pique-nique, mais de faire face à une urgence.
  • des vêtements de rechange et de quoi vous maintenir au sec. Un poncho, un ciré, peu importe, mais quelque chose de réellement imperméable. Et surtout n’oubliez pas les chaussettes, c’est très important pour bien maintenir votre température corporelle et votre mental : avoir froid et plus particulièrement froid aux pieds quand on est déjà en galère peut finir de vous ruiner le moral.
  • un sac de couchage, une couverture chaude ou au moins une couverture de survie. Même en plein été, les nuits peuvent être fraîches et rien ne dit que vous pourrez dormir dans une chambre.
  • un briquet. N’hésitez pas à être redondant dans vos choix d’objets, à fortiori si vous avez plusieurs BOBs : 1 briquet n’est pas suffisant, car ça se perd facilement, donc prenez-en 2 ou 3, ça ne pèse rien, ou mieux, prenez plusieurs moyens différents de faire du feu : 1 briquet BIC, 1 briquet à essence façon Zippo, 1 boîte d’allumettes étanche, 1 fire starter…
  • une lampe torche ou une frontale (avec des piles chargées !). Là encore, soyez redondant : votre EDC doit théoriquement déjà contenir une lampe ! Mais une mini-lampe torche qui éclaire bien, ça pèse 20 grammes, alors ayez-en une dans la voiture, une sur vous et une par sac, PLUS la frontale !
  • des cartes de la région où vous vous trouvez, genre carte IGN 25 000. Si les grands axes sont bouchés, vous devez pouvoir circuler sur les petites routes sans vous perdre. Prévoyez en plus une carte routière de France, pour le cas où vous devriez partir loin. Ne comptez pas sur votre GPS. Si le GPS fonctionne, tant mieux, mais vous devez pouvoir faire sans.
  • un couteau. Un VRAI couteau, et qui coupe et qui est solide et qui ne se referme pas sur les doigts tout seul (s’il est pliant). Oui, c’est vrai, vous n’avez pas le droit d’avoir un couteau sur vous ou dans votre véhicule, mais là, vous êtes en train d’évacuer en urgence, alors fuck la loi ! 😉 et une fois de plus, pensez redondance ! un couteau pliant dans la poche, un multitool façon Leatherman dans le vide-poche ou la boîte à gants de la voiture, et un gros couteau de chasse dans le BOB.
  • vos médicaments, surtout si vous en prenez dont vous ne pouvez pas vous passer, et une copie de l’ordonnance qui vous les prescrit : selon le cas, trouver une pharmacie ouverte ne sera pas évident et qu’elle accepte de vous délivrer des médicaments sans ordonnance le sera encore moins. Prévoyez aussi des anti-douleurs genre aspirine, Ibuprofène ou paracétamol, parce qu’avoir mal au crâne ou aux dents quand on est déjà en galère n’est pas idéal.
  • une trousse de premiers soins, à vous de voir ce qu’il y a de plus fondamental à mettre dedans. Pensez qu’elle peut vous servir pour vous soigner, mais aussi pour porter secours à d’autres. Au minimum, il doit y avoir de quoi panser les bobos les plus sérieux (coupures, contusions, abrasions, brûlures au 1er degré). À compléter aussi selon votre niveau de compétence : un kit de traumatologie peut s’avérer bien utile, mais encore faut-il savoir ce qu’on fait. Ceci étant, ce kit peut aussi servir à quelqu’un d’autre que vous… qui l’utilisera peut-être d’ailleurs pour vous sauver !
  • de la ficelle, du duct-tape, de la paracorde, bref de quoi attacher, ficeler, suspendre, accrocher…
  • un double des clefs de la maison et du véhicule.

Ça, c’est le minimum du minimum. Pour le reste, c’est à vous de voir.
Un kit d’hygiène n’est jamais une mauvaise idée, par exemple : savon, dentifrice, tampons ou serviettes hygiéniques pour les femmes, couches pour les enfants en bas âge…
En parlant d’enfant : prenez un doudou pour le petit dernier : vous n’avez pas envie de potentiellement galérer et stresser pendant 3 jours avec de surcroît le gamin qui hurle parce qu’on a oublié Sophie la Girafe.

Des dosettes de café si vous êtes du type à ne pas savoir fonctionner sans café, ça peut aussi être judicieux, mais il faut aussi avoir de quoi faire chauffer de l’eau et on entre dans une autre dynamique : a priori, vous ne partez à l’aventure que pour quelques heures, et 3 jours au maximum ! Dans la majeure partie des situations, vous trouverez de quoi vous restaurer convenablement et dormir au chaud.
Si vous êtes en groupe ou en famille, un moyen de communication genre talkie-walkie peut s’avérer utile. De même, une petite radio FM à piles peut vous permettre de vous tenir au courant de la situation (si vous partez en voiture, vous avez sans doute un autoradio, mais vous pouvez être amenés à abandonner votre véhicule).
Bref, vous vous connaissez, adaptez votre sac à votre fonctionnement.
En plus du BOB, ce serait bien que votre véhicule (une voiture dans la plupart des cas) soit équipée de quelques accessoires : jerrycan (plein de carburant), bâche et tendeurs (pour improviser un abri), caisse à outils basique, extincteur, etc.

40 millions de véhicules en circulation en France… combien d’extincteurs à bord ?

Pour finir, théoriquement, un BOB, ça tient dans un sac à dos de 30-40 litres et ça ne doit pas peser un âne mort (pensez que vous devrez peut-être évacuer à pied ou en vélo). Il n’y a donc pas de place dans un BOB pour les photos souvenir, ni pour le chandelier en argent de la belle-mère et autres conneries du même acabit.
La majeure partie de vos biens matériels est assurée : alors si vous ne pouvez pas vous séparer de votre chaîne HIFI dernier modèle, de votre commode Louis XV, de votre écran plasma qui a coûté un rein ou de l’urne funéraire de la grand-mère, eh bien il vaut sans doute mieux que vous ne partiez pas.
L’idéal, c’est évidemment que ce sac ne serve jamais à rien. Mais ça serait couillon de se dire après coup « ah, si seulement je pouvais au moins avoir des chaussettes sèches ! » alors que c’est si simple à prévoir.

Et sinon, vous pouvez aussi faire comme tous ces gens qui restent dans les fumées toxiques à faire des selfies pour les poster sur Instagram, mais là, ça relève de la sélection naturelle…

photo Le Parisien / Olivier Lejeune

2 réponses sur “Salut BOB !”

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